Une bouche sans personne

9782373050134      Gilles Marchand    Aux forges de vulcain    282 pages .  Août 2016

Un livre qui commence par  » J’ai un poème et une cicatrice » ne peut qu’intriguer et l’on se dit qu’on va se régaler. Les premières pages sont réjouissantes. L’histoire d’un comptable solitaire qui a la bouche cachée par une écharpe ( dont bizarrement il fait collection). Peu à peu on découvre son groupe d’amis. Dans un bar ils se retrouvent pour parler. Il y a Lisa derrière le comptoir, Sam qui reçoit des lettres de sa mère morte ( j’ai beaucoup aimé ces passages), Thomas auteur d’un roman, qui s’invente des enfants qu’il n’ a jamais eu. Et puis le narrateur, qui se bat avec les poubelles qui envahissent son immeuble « La poubelle n’a pas été sortie. La concierge est morte il y a deux jours et personne n’ose la toucher. La poubelle, pas la concierge. « , fuit ses collègues de travail et laisse planer un doute sur ce qui se cache sous son écharpe
Après j’ai perdu un peu le fil de l’histoire. Dommage le narrateur raconte son douloureux passé, c’est ce que j’attendais mais trop de fantaisie, trop de longueurs m’ont fait perdre le fil. J’ai avalé les pages rapidement, sans réussir à enregistrer ce que je lisais. J’ai à peine aperçu les personnages improbables dont parlent la 4 ème de couverture… J’ai poursuivi ma lecture malgré tout. Et j’ai bien fait car le soufflé qui s’écroulait doucement a repris de sa superbe.
Très belle fin, inattendue pour moi. Et pour ça je n’ai pas regretté d’avoir persévéré. J’ai vu la cicatrice, j’ai entendu le poème et cela m’a touchée – même si L’Histoire est connue… –
Dommage que le roman se perde en digressions inutiles ou alors je n’ai pas su savourer cette fantaisie qui le protégeait d’une enfance traumatisée.
Par contre j’ai aimé l’auto-dérision du narrateur qui nous amène peu à peu vers la douloureuse vérité.

« Il fait froid. C’est ce que m’ a affirmé ma boulangère qui a beaucoup de conversation. « Il fait froid… » Une information abrupte comme une dépêche de l’AFP. Sûre d’elle, le front plissé, elle n’ a pas jugé utile de poursuivre plus avant. Hier, elle m’avait annoncé que c’était la crise de la farine et la veille que le prix des fraises allait descendre. Elle est comme ça, ma boulangère : elle a des informations mystérieuses qu’elle divulgue au compte-goutte. Une information par jour. Libre à chacun de la développer. »

« La vie est trop courte pour s’accommoder de tout ce qui va de travers. Il ne faut pas hésiter à rêver, les rêves c’est pas fait pour les chiens. Et c’est gratuit. »

« J’ai pris mon courage à deux mains et lui ai demandé s’il pleurait. Il a eu l’air étonné avant de m’expliquer que non, d’ailleurs il n’avait aucune raison de pleurer. C’était juste que son visage n’était pas étanche. Il n’y pouvait rien et ça n’était pas bien grave. C’est le genre de choses qui arrive de temps en temps, avec toute cette eau qu’on a dans le corps. »

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