Un certain Felloni

414TCXGNR9L._[1]      A la bibliothèque nous continuons à découvrir les livres de Michèle Lesbre. Dans des registres divers l’auteur continue à fouiller l’âme humaine.

« Michèle Lesbre, en s’emparant du personnage de Felloni, apparu fugitivement dans une nouvelle de Giorgio Bassani, une nuit de 1943, écrit un texte intense et poétique sur le chaos de la guerre, sur l’absurdité de cette mort et sur ces vie ordinaires que l’histoire jette dans les ténèbres »

Felloni  se rend sur son lieu de travail, grelottant dans le froid humide de Ferrare. Il est arraché brutalement de sa bicyclette, collé contre un mur avec d’autres hommes et « ils ont tiré ». On est en 1943, un chef fasciste vient d’être tué. Scène de vie ordinaire en temps de guerre, on appelait cela représailles. Felloni passait là par hasard. Son corps est dans la neige, ce sera une longue nuit pour lui qui se remémore ses souvenirs – on pourrait croire qu’il est vivant….on aimerait croire qu’il est vivant, c’est juste une longue agonie.  « Mais ce n’est pas un jeu, c’est un crime, les corps couchés dans la neige ne se relèveraient pas ».

C’est son enfance qui défile, le visage de ses parents, son amour pour Anna. Et la montée de ce totalitarisme impitoyable, la peur, le malheur, les larmes…Celui qui a tiré c’était un camarade d’école. Les souvenirs se mêlent sans vraiment de chronologie. La terreur provoquée par les chemises brunes qu’ils rencontraient enfant lorsqu’ils envahissaient la ville. La mère qui leur faisait une vie heureuse, les parties de pêches avec son père, l’institutrice courageuse qui distribuait des tracts. C’est une longue déambulation immobile « Il flotte. Il divague dans ce beau mystère des âmes en sursis, cette fragile passerelle entre la vie et la mort. »

Ferrare, sur le delta du Pô, est aussi un personnage de cette histoire. Mais cette nuit de 43, la barbarie est dans la ville. L’histoire en raccourci, la guerre dans les yeux d’un « presque » enfant qui se meurt, anonyme parmi les autres. L’auteur s’est servi d’un nom pour inventer une vie, elle nous dit dans sa postface sa visite à Ferrare, comment elle s’est imprégnée des lieux laissant en elles des traces pour l’écriture de ce roman.

Ces mots sont complétés par des dessins très épurés de Gianni Burattoni tonalité de gris, reprenant cette ambiance de mort qui hante ce récit. Cinéma et peinture se croisent aussi dans ce roman, Giorgio De Chirico avec sa vision prémonitoire de Ferrare . « Les muses attendent. Elles attendent que le monde absurde et capable de tout sème la tempête » nous dit l’auteur pour qui ces corps dans la neige, que l’on n’enlèvent pas tout de suite, sont la douleur de la guerre, de toutes les guerres.

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Muses inquiétantes  peint en 1917

Muses inquiétantes peint en 1917

Un livre difficile d’accès, je me suis un peu perdue au début dans ce roman, n’arrivant pas relier les personnages entre eux. Pas facile de se mettre dans la tête de Felloni. Que faisait ce pharmacien à sa fenêtre? Peu à peu on entre dans l’histoire, et aussi dans l’Histoire même si on des notions de cette époque, le rappel de la montée du totalitarisme n’est pas inutile. Un livre à relire après l’avoir terminé pour être au plus près de cet homme et de la tragédie. L’écriture est superbe. L’émotion à fleur de peau.

« C’était l’histoire des gens comme eux, des gens qui n’ont rien ou pas grand-chose et auxquels les fascistes voulaient faire croire que l’avenir était dans leur camp »

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